La jeune fille au cheval


La jeune fille au cheval s'était perdue dans l'autre dimension, elle était partie comme du lait qui se sauve, elle avait juste emporté son sourire, elle s'était glissée dans le brouillard de l'autre monde, elle s'était tue.
Hélas! On ne lui a pas laissé le choix.

Comment se fait-il que ce soit ta meilleure amie qui t'ait déplantée de ce monde? Ton âme fusée a quitté le pas de tir de ta ville en quelques secondes pourquoi tant de coups de couteau dans ta peau douce, pourquoi tant de coups de marteau sur ton corps si doux de jeune fille, qui n'avait besoin que de caresses, le monde tout à coup perd la boule, la guerre sort de l'écran de la télévision et éclate au beau milieu de notre salon. Ce fut si rapide que personne n'a pu te dire au revoir.

Il y a au bout du compte deux victimes : celle qui frappe et celle qui est frappée, mais aussi d'autres victimes : ta maman, ton papa, ton frère et toutes tes amies et tous tes amis et nous, si nombreux dans les distances et qui ne pourrons plus jamais te voir, en vraie vue, nous, qui ne pourrons plus jamais te rencontrer, te parler... et en même temps, nous, qui ne pourrons jamais t'oublier, comme ton cheval préféré qui lui aussi ne t'oubliera jamais, aujourd'hui il te pleure, esseulé, dans son écurie parce qu'il a perdu son écuyère.

A-t-on enregistré ta voix? Que nous puissions l'entendre et dire comme dans les contes: « Il était une fois une jeune fille qu'on appelait Camille.» Elle est partie escortée par 999 roses blanches, elle a été suivie par une foultitude de pensées d'amour en provenance de tout partout : elle a tiré derrière elle les oiseaux blancs de l'innocence, de la tendresse et de la joie, cette joie qui survit quoiqu'il en soit, oui, chère Camille, te voila définitivement partie même si en apparence, il ne reste de toi qu'une photographie, celle d'une jeune fille et d'un cheval.

Julos Beaucarne 21 janvier 2009